L’épopée Roubaïev

Je vous présente Vladimir Roubaïev ou les provinces de l’irréel, dont l’auteur est le journaliste Serge Lentz. Ce nom n’est pas inconnu de la scène littéraire française, puisque Vladimir Roubaïev a obtenu le prix Interallié en 1985 et que son premier roman, Les années sandwiches (qui a d’ailleurs fait l’objet d’une adaptation sur le grand écran), a été élu prix des libraires en 1982. Son dernier roman, La Stratégie du Bouffon, est paru en 2007 et a été élu « roman de l’année » par le magazine Lire. Apparemment, il a aussi fait l’objet d’une adaptation filmée. [et merci Wiki pour ton aide !]

Vladimir Roubaïev raconte l’histoire d’un jeune ukrainien. C’est la biographie fictive et atypique d’un personnage hors du commun : un géant qui domine le monde d’un regard cynique. Une sorte d’Hercule, en somme, dont la naissance s’accompagne de mauvais présages, dont le père est fou, chrétien élevé par une juive, dont la jeunesse est on ne peut plus mouvementée. C’est aussi l’histoire de sa famille, les origines de la Maison Roubaïev, un long voyage à travers la campagne ukrainienne. C’est à la fois une épopée et un roman d’évolution, et le tout dans un style inimitable. Tantôt lyrique, tantôt ironique, parfois d’un niveau de langue élevé (mais jamais pédant) ou ruralement vulgaire, Lentz n’a pas froid aux yeux, ni la langue dans sa poche. Il n’hésite pas à parler d’alcoolisme, de violence, de folies, de passions, de fantasmes… mais aussi de la beauté d’une campagne ukrainienne, qui paraît si éloignée de nous et de tout qu’elle semble… irréelle.

J’ai adoré ce pavé. Oui, oui, pavé, et il faut de l’endurance pour aller jusqu’au bout. C’est gros, c’est très descriptif, on se perd parfois dans les noms (pour ma part, j’ai eu plus de problèmes avec les noms de lieu qu’avec ceux des personnages), on accroche ou non avec le côté rustique de certains protagonistes, qui est parfois pesant. Il ne faut pas craindre de se perdre dans les fantasmagories et les hallucinations d’un père fou et d’une sœur totalement excentrique… Ni dans celles du personnage principal, dont l’esprit est aussi peu commun au monde des mortels que son apparence. Soyons honnête : c’est difficile, mais c’est vraiment très bien écrit, c’est drôle, et on s’attache rapidement au personnage principal.

Bref, c’est une épopée moderne, celle d’un héros qui n’est pas vraiment un dieu, mais qui tient du surhomme et qui a grandi dans un environnement rhapsodique, celle d’un enfant qui part à la  conquête du monde et qui en revient adulte.

J’espère avoir éveillé en vous la curiosité nécessaire pour aller y jeter un œil. Ca demande un effort, mais ça vaut le coup.

[Article publié pour la première fois le 24 février 2011]

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