Expo : Dessins du studio Ghibli au musée Art Ludique

Au jeune musée parisien Art Ludique se déroule en ce moment une belle exposition sur les dessins du studio Ghibli.

Affiche : Le voyage de Chihiro (Image Art Ludique)

Géant aujourd’hui incontournable du film d’animation japonais, le studio Ghibli est né de la rencontre entre le réalisateur Isao Takahata et son collègue Hayao Miyazaki (leur retraite a d’ailleurs contraint le studio à arrêter la production de nouveaux films). En s’associant, les deux génies du film d’animation ont donné naissance à un label innovant dans le paysage de l’animation japonaise, qui est devenu avec le temps un gage de qualité et une référence dans le monde entier (Le voyage de Chihiro a été le premier film d’animation à recevoir un Ours d’or au prestigieux festival de Berlin en 2002).

Après Pixar et Marvel, le musée Art Ludique s’attaque donc à ce monument de la culture de l’animation. En partenariat avec le musée des studios, les créateurs de l’exposition relèvent le pari ambitieux de donner à voir les rouages de la création du film d’animation labellisé Ghibli à partir des layouts originaux qui ont donné naissance aux films que nous connaissons.

Ponyo sur la falaise (Image Elle.fr)

Le layout (le sujet même de l’exposition) est le document intermédiaire entre le storyboard (la trame des plans principaux de l’histoire du film) et les dessins qui serviront à élaborer le film final. Ce sont à la fois des feuilles de route et des croquis, sur lesquels sont détaillés les plans qui composeront le film d’animation (quels sont les éléments en mouvement, quelles sont les parties de l’image qui vont bouger, dans quel sens et à quelle vitesse, l’enchaînement des plans, les travellings…)

Le château dans le ciel (Image 20minutes.fr)

De Heidi au Conte de la princesse Kaguya, en passant par Le tombeau des lucioles, Le château dans le ciel, Porco Rosso, Pompoko, Mes voisins les Yamada,… Tous les grands films d’animation du studio sont représentés dans cette exposition très riche et très techniques sur les dessous de leur création. L’exposition adopte un parcours chronologique après une courte mise au point sur le vocabulaire du cinéma d’animation. A la suite d’un petit rappel des principaux films dont il sera question lors de la visite, celle-ci démarre avec Nausicaä de la vallée du vent et s’achèvera sur les derniers-nés du studio, à savoir Le vent se lève (Hayao Miyazaki, 2013), Le conte de la princesse Kaguya (Isao Takahata, 2014) et Souvenirs de Marnie (Hiromasa Yonebayashi, sortie prévue le 14 janvier 2015 en France).

Princesse Mononoke (Image Luckymum.fr)

Petit conseil : munissez-vous de l’audioguide. J’ai commis l’erreur de ne pas y prêter attention à l’entrée dans l’exposition, mais il est essentiel… Autrement, il est difficile de comprendre le langage de ces documents, très techniques et présentés tels quels dans l’exposition. Il y a bien quelques légendes écrites par-ci par-là, mais dans un souci d’alléger le propos, elles sont très peu nombreuses et très succintes. Il m’a donc fallu un temps pour comprendre comment les observer et quels en étaient les éléments importants… Sans autres explications que le glossaire présenté en début de parcours, je ne vous cache pas que c’était un peu laborieux dans les premières salles.

Le château ambulant (Image we-are-girlz.com)

Ca ne m’a pas empêché d’apprécier la richesse des documents présentés ni d’observer la minutie du travail présenté. L’exigence de Miyazaki est visible dans chacun de ses layouts. Il est également très appréciable que cette exposition Ghibli ne soit pas uniquement une expo « Miyazaki », car il n’est pas le seul créateur du studio à être mis en valeur dans l’exposition. La confrontation entre son univers féérique et celui, beaucoup plus réaliste, de Isao Takahata révèle la capacité du studio à traiter de sujets très différents et à faire naître de nouvelles plumes (Goro Miyazaki et Hiromasa Yonebayashi, entre autres).

Le tombeau des lucioles (Image Mainstreamchronicle.com)

Si j’ai eu très peur dans les premières salles par le manque de démonstrations vidéos, de mise en parallèle des documents écrits avec le film, je suis vite retombée sur mes pieds, mais à l’instar du Journal du geek dans sa chronique, je recommande l’exposition aux connaisseurs des techniques d’animation ou aux amateurs des Studios Ghibli. L’exposition utilise un vocabulaire éclairé et part du principe que les films d’animation présentés sont familiers au public… Les enfants, quant à eux, perdent vite patience quand ils ne sont pas dans les salles des films qu’ils connaissent et la queue pour la photo offerte à la sortie (mise en bannière de l’article) pose beaucoup de problème aux parents pour gérer leur lassitude ! En effet, on fait la queue dans la dernière salle de l’exposition (ce qui gâche un peu la fin de la visite), il y a peu d’espace pour leur permettre de bouger et aucun dispositif ludique ou interactif (en-dehors donc de la photo en elle-même) pour leur permettre de s’approprier le contenu de l’exposition… Et c’est dommage, je trouve, étant donné qu’ils en ont très envie (ils sont nombreux à réclamer à la sortie : « Maman, ce soir on peut regarder Ponyo ? », ou à vouloir dessiner à leur tour)…

Reconstitution d’un décor du Voyage de Chihiro (Image Sortiraparis.com)

Quant à la boutique, elle est assez fournie : goodies, sérigraphies sous forme de cartes postales, pochettes plastique… Mais autant vous prévenir, tout y est assez cher. Le catalogue de l’exposition, en comparaison, est un investissement bien plus raisonnable (36€ pour un livre très épais qui reprend la totalité des layouts présentés dans l’exposition plus certains qui n’y figurent pas, contre 35€ pour un sac Totoro ou 12€ pour un strap minuscule à l’effigie d’un esprit de la forêt). Mon choix s’est donc porté sur ce volumineux et lourd catalogue (d’autant plus que j’étais un peu frustrée d’être passée à côté des premières salles).

La couverture du catalogue de l’exposition (Image Manga-sanctuary.com)

Prévoyez 15,50€ pour le billet d’entrée, 12,50€ en tarif réduit, et entre 2 et 3 heures de visite selon votre goût pour le détail (et le monde qu’il y aura). L’expo se termine le 1er mars 2015.

Ponyo sur la falaise (image Sortiraparis.com)

En ce moment, je rêve de danse…

… Et il fallait que je vous en parle tellement ça m’a chamboulée.

Avant de commencer cet article, il faut que je vous explique deux-trois petites choses sur moi.

D’abord, je ne fais pas de danse. Je m’y suis très vaguement essayée à un moment donné (plusieurs moments même), mais en-dehors des claquettes (impossible de trouver des cours à des heures qui me conviennent là où j’habite) et de la danse traditionnelle que je pratique vraiment à l’occasion d’évènements spécifiques, ce n’est pas la forme d’expression qui me convient le mieux. J’ai zéro talent pour ça, alors que je pourrais avoir plus de facilités avec l’écriture / la lecture à voix haute par exemple. Ca se travaille, bien sûr, mais jusqu’à maintenant je n’ai pas tellement trouvé ma place dans cette discipline… Ce qui ne m’empêche en rien d’admirer les danseurs.

Ce qui m’amène à mon deuxième point. J’adore le spectacle vivant. Je n’ai pas toutes les billes pour me qualifier de passionnée, mais je prends énormément de plaisir à aller voir des spectacles, qu’ils soient faits de musique, de cirque, de théâtre ou de danse, justement. J’ai l’impression de trouver en regardant la scène une exaltation d’un genre vraiment singulier, et c’est sans doute lié au fait que ça soit « vivant » sur la scène, devant moi…

Et mon troisième point. Mon père adore le hip-hop. A défaut d’en faire lui-même, il suit de très près certains chorégraphes qu’il apprécie particulièrement, et donc, régulièrement, il emmène un membre (ou plusieurs) de la famille avec lui pour partager ces moments de spectacle.

C’est comme ça que je me suis retrouvée à assister à deux représentations ces dernières semaines dont il fallait vraiment que je vous parle.

La première, c’était une représentation d’Opus 14, nouvelle création du chorégraphe Kader Attou pour la biennale de la danse de Lyon (fyi, qui a eu lieu en septembre pour sa dernière édition) avec sa compagnie Accrorap. 16 danseurs dans un décor des plus sobres (ce qui n’entache en rien sa beauté), avec pour seul moyen d’expression leur corps et toute la force du hip-hop dans ce qu’il a de plus fort comme de plus sensible. Une chorégraphie à fleur de peau qui vous met des frissons partout.

Pour plus d’informations ou pour un petit avant-goût, vous pouvez consulter la page du spectacle sur le site du Centre Chorégraphique National de La Rochelle.

Et hier soir (c’est tout frais dans ma tête, et j’ai encore du mal à m’en remettre), j’ai pu (coup de chance) aller voir la dernière création de Mourad Merzouki à la Maison des Arts de Créteil avec la compagnie Käfig, un ballet intitulé Pixel.

Comment dire… J’ai pris une très grosse claque. J’ai été complètement envoûtée et transporté par l’expérience unique de ce spectacle. Dans cette création, Merzouki nous montre des corps à la fois prisonniers et enrichis d’un décor virtuel d’une beauté très singulière. Visuellement, c’est plus que réussi. Les illusions numériques et les corps des danseurs finissent par se confondre et le spectateur, par se prendre au jeu. A certains moments on se laisse complètement happer par l’illusion, on a l’impression qu’elle est réelle. A l’inverse, lorsque les danseurs évoluent derrière l’écran sur lequel est projeté une partie du décor, ils ressemblent à s’y méprendre à des images de synthèse.

Mais parler du décor et du concept sans vous parler de la performance serait rendre un bien piètre hommage au travail de la Compagnie Käfig, virtuose de son sujet…

Précipitez-vous sur le site de la compagnie pour vous faire une meilleure idée de ce dont je vous parle.

Bien sûr, Pixel est plus frais dans mon esprit, j’ai moins de mal à exprimer ce que j’ai ressenti que pour Opus 14 (dont le souvenir a été un peu occulté par ma fascination pour Pixel et c’est un peu dommage), mais ne vous y trompez pas : l’un comme l’autre sont prouesses techniques et artistiques uniques en leur genre, chacune avec sa poésie propre…

Mention spéciale, tout de même, pour la musique de Pixel, qui est extraordinaire. Signée Armand Amar, compositeur qui a signé la bande originale d’un certain nombres de films… Je me suis précipitée sur la clé USB vendue à la sortie du spectacle, pensant avec naïveté y trouver quelques musiques du spectacle… Un peu déçue de n’en trouver aucune, mais j’apprécie tout de même les créations de AS’N qui y figurent (musiques d’autres créations de la compagnie). Vivement que les musiques de ce spectacle soient disponibles…

La vie suédoise partie 8 : la vie danoise ?

icône voyagesLa journée du 16 août s’annonçait particulièrement chargée, puisque nous nous rendions de l’autre côté du pont à Copenhague. Le programme était ambitieux, mais nous comptions bien tirer parti au maximum de cette unique journée en terre danoise. Enfin, comme d’habitude, j’avais fait ma petite cuisine avec le programme, et j’avais prévu de rester de ce côté de la frontière jusqu’au lendemain pour passer un peu de temps avec un ami qui travaille à Copenhague et que je n’avais pas vu depuis un bon bout de temps.

Nous avons donc pris le train qui a tenu ses promesses en termes de timing (Mme RATP pourrait sans doute en prendre de la graine….. Bien que le nombre de voyageurs ne soit absolument pas comparable !). Notre première étape de la journée : le Musée National, dont nous ne pourrions voir qu’une partie puisque nous avions en tout et pour tout trois heures à lui consacrer. A noter que la visite du Musée Nationale est intégralement gratuite. On ne nous a demandé aucun justificatif de quelque sorte que ce soit, aussi dois-je supposer que c’est un gratuit absolument général et non un tarif différentiel. Pas de file d’attente à l’entrée. Les sacs à main et sac à dos ne sont pas acceptés dans l’enceinte du musée, mais chaque visiteur a accès à des casiers pour ses affaires. Gratuits, encore une fois, et surveillés du coin de l’oeil par les agents de sécurité qui sont postés à l’entrée. En revanche, on a le droit de prendre autant de photos et de films qu’on souhaite.

Pardon, mais j’insiste encore : gratuité. Commodité, accessibilité. Je ne peux qu’imaginer que ça a d’autres inconvénients (après tout, ce n’est valable que pour le musée national, pour ce que j’en sais), mais c’est un confort de visite indéniable pour tous les visiteurs…

Le musée national est divisé en galeries chronologiques. Dans la galerie consacrée à la préhistoire et à l’histoire ancienne du Danemark, il y avait une exposition temporaire consacrée aux Vikings. Je vous laisse deviner par où nous avons commencé.

Enfin, nous avons commencé par là, mais pour ma part je n’ai pas fait que commencer puisque j’ai passé mes trois heures de visite à explorer à fond cette partie du musée. Tant pis pour le Moyen-Age et l’époque moderne. J’ai découvert la préhistoire et l’histoire ancienne nordique, discipline que je n’ai jamais eu l’occasion d’étudier (alors que j’ai fait un peu d’histoire médiévale et d’histoire moderne, j’ai donc quelques notions même vagues sur ces périodes). Et puis franchement. Les vikings.

Bref, j’ai appris tellement de choses que je n’en ai pas retenu la moitié. C’était passionnant, et pourtant je ne suis pas très fan des grandes vitrines remplies d’objets, mais le propos général était tellement intéressant que j’ai fini par m’intéresser au contenu des vitrines de très près. J’ai notamment appris des choses sur les relations du Nord de l’Europe avec l’empire Romain… Je n’aurais jamais pensé que l’influence de la civilisation gréco-romaine ait pu avoir autant d’impact aussi loin de son berceau. C’est peut être quelque chose qu’on apprend en archéologie et en préhistoire, voire en études latines avancées, mais ça ne m’avait jamais effleuré l’esprit jusque là.

Inutile de préciser à quel point la mythologie nordique et viking est riche, même à ce stade de l’histoire. J’ai pu apprendre par cette occasion que le panthéon des dieux nordiques tel que nous le connaissons aujourd’hui serait en réalité une transposition du panthéon gréco-romain dans les croyances locales. Ouah. Bien sûr, le modèle du panthéon nordique tel qu’il est représenté aujourd’hui dans nos médias (fictions, films, etc) a un côté artificiel puisqu’il fait l’objet d’une uniformisation des mythologies au même titre que les panthéons gréco-romain, égyptien, celte… Mais que le mélange ait eu lieu si tôt dans l’histoire ? Ca ne m’était même pas venu à l’idée

Bref. Je n’ai pas assez de place ici (ni vous de patience) pour détailler tout ce que j’ai appris dans ces galeries de musée. J’en garde un excellent souvenir.

Puis il a fallu se mettre en quête d’un restaurant qui ne soit pas plein. Je vous assure que c’est vraiment compliqué, déjà parce que les bonnes adresses pas trop chères sont prises d’assaut en période estivale, et ensuite parce que nous étions sept et que nous étions incapables de nous mettre d’accord sur ce que nous allions manger. Un cauchemar. Nous avons fini par opter par une adresse un peu gastronomique, pour changer des sandwichs. C’était plus cher, mais c’était excellent.

Nous avons poursuivi l’après-midi en flânant dans ce quartier, très animé, très touristique mais qui fait un peu figure de centre-ville, entre les deux canaux de la ville. Nous étions en quête de A.C. Perch’s Thehandel, une boutique de thé de renommée historique et, d’après ce que j’ai compris, fournisseur royal. La boutique est minuscule et il y a du monde, aussi si vous êtes un(e) amoureu(x/se) du thé comme nous, je vous conseille de préparer à l’avance (avant de faire la queue) votre commande histoire de ne pas faire perdre de temps aux vendeurs débordés. Pour le thé à emporter, il y a un salon à l’étage qui vous préparera votre boisson, et où vous pouvez également prendre un thé sur place (la clientèle y est franchement huppée), acheter des coffrets d’échantillons, des théières, des services à thés…

Puis nous nous sommes mis en marche vers la fameuse statue de la Petite Sirène.

Ainsi que mon ami Google vous le montre ci-dessus, ça fait un bon bout de chemin, surtout si vous y ajoutez les arrêts dans les boutiques, les pauses-pipi, les désaccords sur l’itinéraire à suivre… Elle est vraiment à la limite de la ville. Et à notre grande déception, elle était assaillie de touristes comme nous qui venaient admirer la trace qu’Andersen avait laissé au paysage urbain.

J’adore cette statue, et pas seulement parce que je suis une mordue de contes… J’y avais déjà été une fois, en 2006 je crois bien, j’avais vraiment envie de retourner la voir histoire de comparer mon souvenir à ce que j’en voyais aujourd’hui. J’aime aussi que ce soit un aussi long chemin pour y aller, car même s’il faut se farcir la demi-heure de marche, quoi de mieux qu’une balade urbaine pour découvrir la ville ?  Bref, que voulez-vous, je suis une serial baladeuse très attachée à la symbolique des villes que je visite. A mon sens, marcher une demi-heure dans une ville qu’on ne connaît pas, ça vaut toujours le coup (ça nous a rapporté quelques très belles photos d’ailleurs, en plus des courbatures !).

Et c’est là que nos chemins se sont séparés jusqu’au lendemain. J’avais rendez-vous à Norreport avec mon ami, et les autres repartaient pour Kopenhagen H., la gare d’où ils repartaient jusqu’à Malmö.

De Norreport, nous avons fait un détour par chez lui pour poser mes affaires, et c’est là qu’il m’a dit « Bon ! on va chercher ton vélo ? » (oui parce que je n’ai pas précisé, mais à Copenhague, c’est comme à Stockholm : il y a plus de cyclistes que d’automobilistes dans les rues, c’est vraiment LE moyen de transport du citadin moyen).

Pour ceux qui me connaissent, je vous laisse imaginer ma tête. J’avais marché toute la journée, je n’étais pas montée sur un vélo depuis bien cinq ans, au moins… et comme vous le savez, le sport et moi, ça fait cinquante-cinq. Mais franchement, ça aurait vraiment été dommage de refuser une expérience d’immersion pareille, non ? Même si le vélo était bien trop grand pour moi et qu’à cause du rétro-pédalage, j’avais l’angoisse de devoir m’arrêter au feu rouge à chaque carrefour…

Ca m’a vraiment donné envie. Moi qui me tape deux changements de RER-bus-bus pour aller au travail tous les jours, sans jamais rien voir de la ville que je traverse que les gens qui affluent autour de moi dans les transport (alors que, vous l’aurez compris, j’adore m’imprégner du paysage d’une ville même si elle n’est pas jolie dans le sens le plus strict), je me suis rendue compte à quel point on est libre à vélo. Petite minute nostalgie (préparez vos mouchoirs…) : ma grand-mère, de son vivant, faisait au moins une heure de vélo par jour. C’était son bol d’air et son instant de liberté. Et c’est en me cassant ce qui restait de mes mollets sur les pédales de mon vélo trop grand que j’ai compris pourquoi c’était devenu si important pour elle.

Fin de la minute guimauve, on peut ranger les violons. Le plan d’origine était de se rendre à une soirée avec des amis à lui, également des expat’. D’après mon ami, Copenhague en été, c’est un immense foisonnement de festivals et d’animations de rue. Sauf qu’à partir du 15 août, dans les pays du Nord, la température redescend de façon significative… Il commençait à pleuvoir quand nous sommes arrivés sur place, et ce que nous entendions de la musique ne faisait pas plus envie que ça. Le plan a changé et nous sommes remontés sur nos vélos jusqu’au Mc Kluud, un bar situé dans le quartier de Vesterbro. Il a un côté un peu américain, un peu grunge, avec du rock en musique de fond, qui en fait le décor parfait pour prendre une bière (je m’attendais presque à voir débarquer un ou deux motards…).

Rentrer à une heure du mat’ après avoir un peu bu (oui bon ok, j’avoue, j’ai bu UNE bière, mais si vous me connaissez un peu, vous savez que pour moi ça peut avoir un certain effet sur ma perception de mon environnement selon la quantité de nourriture que j’ai avalée dans l’heure qui a précédé… et j’étais à jeun, donc autant dire que j’étais un peu dans les nuages), sur un vélo trop grand, c’était … une expérience. C’était assez cool.

Et une fois qu’on est arrivés à l’appartement, j’ai béni la loi française d’avoir interdit la cigarette dans les lieux publics. Hors de question de ne pas passer par la case « shampooing » après avoir passé plusieurs heures dans un bar complètement enfumé…

Deuxième surprise de la soirée. Vous voyez, dans la plupart des appartements/maisons en France, vous avez une pièce toilettes plus ou moins exigue, et une pièce salle de bains. Bon. Pour gagner de la place dans certains studios, vous avez la douche et les toilettes dans la même pièce, ce qui vous donne une salle d’eau assez carrée. Et bien au Danemark, dans les appartements, pour gagner de la place, vous n’avez pas de salle de bain.Vous  avez des toilettes carrelées avec une évacuation d’eau, un petit lavabo et une pomme de douche juste à côté. Je serais incapable de vous donner un ordre de grandeur de la surface. Disons que pour me rincer les cheveux sans mettre de l’eau sur ma serviette accrochée à la porte, j’étais quasiment obligée de m’asseoir sur les toilettes !

Je vous jure qu’après, vous ne vous plaindrez plus de la taille de votre salle de bains, aussi petite qu’elle soit…

La vie suédoise partie 7 : Malmö

icône voyagesLa journée suivant notre périple à Drottningholm a bien failli tourner au drame quand nous nous sommes aperçus que nos cartes de transport n’étaient plus valides (« 7 jours de transport d’heure à heure », mon oeil). Les recharger a pris un certain temps, plus que la marge que nous avions prévus… Heureusement, nous sommes arrivés à temps (stressés, énervés, dégoulinants de sueur, certes) pour prendre notre train comme prévu.

Le trajet nous a pris la majeure partie de la journée (5 heures comme je vous le disais) et il a fallu récupérer ensuite les voitures de location. Ah oui, là aussi, ça a failli tourner au drame. Nous avions demandé une voiture à sept places… Nous nous attendions à avoir plus ou moins un minivan, mais non. En fait, quand on inscrit « sept places » sur la demande, il faut savoir qu’on vous propose sept places assises… sans compter les bagages. Donc il a fallu changer de plan au dernier moment, et aucun véhicule à neuf places n’étant disponible, l’agence nous a proposé de louer deux voitures à la place d’une. Ainsi nous avions de la marge pour caser nos sacs … Et l’agence a eu la gentillesse de ne pas augmenter le prix de la location prévu initialement. Ouf.

Trouver le petit pâté de maisons en pleine campagne dans lequel nous devions loger (un lieu-dit du nom de Blentarp) a été une autre paire de manches. Mais nous avons fini par arriver, et là, personne n’a traîné. Certains avaient encore de l’énergie pour partir à la recherche d’un endroit où faire les courses, et les autres (j’avoue que je faisais partie de ceux-là) se sont employés à ranger un peu la maison (rustique mais confortable) et à faire la sieste.

Le soir, nous nous étions mis d’accord pour ne pas bouger le lendemain. Nous aurions ainsi le temps de partir en quête d’une laverie, d’un supermarché,… Et nous avons à nouveau fait deux équipes. Les premiers ont été faire un tour dans la petite ville la plus proche (Malmö était quand même à cinquante kilomètres, il était hors de questions d’aller jusque là pour faire nos courses). Et les autres ont fait une opération lessive à la main qui s’est soldée par un problème logistique non négligeable… Où étendre ce que nous avions lavé pour que ça sèche ? Nous avons tendu trois fils à linge entre les arbres dehors, mais le temps était à la grisaille et un peu humide, aussi, au bout de deux jours d’attente, nous avons essayé d’aménager des endroits à l’intérieur de la maison pour que le séchage soit plus efficace… A sept, je vous assure que ça a été plus compliqué qu’on ne pourrait le penser.

Ce n’est que le lendemain, le 15 août, que nous sommes à nouveau partis en expédition vers Malmö. L’objectif était de faire un peu le tour de la ville tout en se renseignant sur les tarifs pour se rendre à Copenhague le lendemain.

Je vais m’arrêter un peu sur la géographie de ce coin de la Suède.

Comme vous le voyez, entre la Scanie et le Danemark, il n’y a qu’un pas (un pont pour être exacte). Malmö – Copenhague, c’est 35 minutes avec des trains toutes les 10 à 20 minutes, au prix d’un trajet en RER à peu de choses près. Aller de l’un à l’autre est hyper-facile.

Voilà pour aujourd’hui. Mais imaginez à l’époque. Ce tout petit bras de mer entre les terres danoises et suédoises telles que vous les voyez sur la carte, c’était de la rigolade pour les deux puissances maritimes du Nord de l’Europe. Malmö était une plateforme commerciale, ainsi que quelques autres bastions le long de la côte. Je vous laisse imaginer les conflits que ça a généré entre les rois de Danemark et de Suède. Pendant plusieurs siècles, la partie la plus occidentale de la Scanie a été tantôt danoise, tantôt suédoise et le théâtre de batailles maritimes et terrestres (la ville de Malmö a subi de longs sièges des armées danoises, notamment lors de la guerre de Scanie au XVIIe siècle) tristement célèbres.

C’est une partie très importante de l’histoire du territoire que ces allées et venues des identités suédoises et danoises. Nous avons eu l’occasion de visiter plusieurs musées à ce sujet. Et à Malmö, donc, nous avons visité le château de la ville qui a eu un certain nombre d’emplois différents selon les époques (château, citadelle, cadre de l’exercice du pouvoir municipal, puis prison, hôpital…). Aujourd’hui, en regard de l’hétérogénéité de son patrimoine, le château est une sorte d’immense grenier qui regorge de trésors d’autres temps, un bric à brac de collections liées à ses différentes utilisations bien difficiles à coordonner. J’ai adoré la visite de ce musée, construit autour de la problématique de restituer l’histoire d’un lieu dans toute sa diversité, mais de façon cohérente. L’essentiel du musée tourne bien sûr autour de l’histoire médiévale et moderne de la ville, puisque c’est la période à laquelle elle a pris son essor économique et pendant laquelle elle a fait l’objet de campagnes militaires, de magouilles politiques, de crises identitaires… Mais pas seulement. Il y a aussi une partie à thématique horrifique, qui parle du temps où le bâtiment était une prison. Ce que j’ai préféré, c’est la petite galerie aménagée en alcôves dans laquelle étaient présentées ses autres utilisations. La dernière alcôve était vide et y était inscrite la question : « et vous, que voulez-vous faire de ce lieu ? ».

En plus de sa collection historique, le musée héberge des collections temporaires sur des sujets très variés : art contemporain, sciences naturelles, et quand nous y étions, nous avons pu visiter une exposition passionnante sur les jouets et leur rôle de représentations d’une société. Avec bien sûr, le propos sous-jacent que le jouet est un outil insoupçonné de conditionnement à certaines idées reçues, notamment concernant la place de la femme, mais aussi le reflet des attentes des parents et des adultes quant à l’avenir d’un enfant… Le tout sans accusations, l’exposition étant suffisamment bien faite pour mettre les faits en évidence et poser les bonnes questions sans imposer de réponse aux visiteurs.

Mais le musée n’est pas la seule attraction de la ville. Il y a de belles balades à y faire, de belles églises à admirer (c’était un peu notre thématique de voyage, forcément, avec deux étudiantes en histoire de l’art, un passionné d’histoire et un architecte). Nous n’avons pas eu tellement le temps d’explorer la vieille ville, ce qui est à mon sens vraiment dommage (j’ai vu des photos qui m’ont donné envie), mais en revanche, nous avons marché jusqu’à la fameuse tour Turning Torso (prouesse architecturale assez exceptionnelle), l’éco-quartier de la ville, puis le long de la côte pour revenir doucement vers le parking où nous avions laissé les voitures. Au passage, nous avons profité de la pluie, puis d’un bel arc-en-ciel une fois les nuages dissipés, ainsi que d’un très joli point de vue sur le Danemark, au large, et sur le pont qui relie les deux pays. Nous avons profité de ce moment pour faire une pause photos (et une pause tout court au passage).

Ensuite ce fut retour maison et soirée jeux, car nous en avions pris en prévisions. De fait, nous avons fait quelques parties d’Elixir, de Mascarade et de The Resistance mémorables…

La vie suédoise, partie 6 : On s’est crus à Versailles

 icône voyages[photos Sassimagine à venir]

Pour notre dernier jour à Stockholm, nous nous étions réservés une bonne journée pour faire l’aller-retour jusqu’au château de Drottningholm, une autre résidence de la famille royale. Je vous avoue que les châteaux, ce n’est pas toujours mon truc, et j’aurais pu me dégonfler… Si le dit bâtiment n’avait pas été classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ca ne se refuse pas, même si c’est un peu le bout du monde (m’enfin, quand on a déjà fait un trajet jusqu’à Uppsala, on est rodés). En plus, comme toute destination touristique qui se respecte, tout est relativement bien indiqué.

C’est vrai que la propriété ressemble un peu à Versailles. On voit bien dans l’architecture du bâtiment les influences françaises classiques. Il y a même une immense salle de réception bordée de miroirs qui évoque la Galerie des glaces, quoiqu’en bien plus petit. Le château en lui-même n’est pas immense, il a dimension humaine. C’est une résidence secondaire et une résidence pour invités de marque, c’est probablement la raison pour laquelle il paraît plutôt petit. La visite des ailes ouvertes au public est assez rapide, mais pour le coup, je vous recommande vivement soit d’acheter le guide-livret à l’entrée, soit de faire une visite guidée, car les salles ont beau être très riches en ornements, portraits, mobiliers luxueux, les explications qui y figurent sont assez expéditives et j’ai vraiment eu le sentiment que sans des explications plus détaillées, nous serions passés à côté d’une foule de petites anecdotes passionnantes. Enfin, tout le monde ne trouve pas ça passionnant, mais c’est croustillant de voir à quel point tous les rois dans l’histoire de l’Europe sont plus ou moins cousins… En fait, en plus d’être le lieu de prédilection des grandes figures féminines de la royauté suédoise, c’est aussi l’endroit où se sont accumulés les présents des cousins (=les rois et nobles) des quatre coins de l’Europe. Ca donne une bonne idée de la façon dont fonctionnait la diplomatie de l’époque.

Nous n’avons pas poussé la balade vers le Pavillon chinois et le théâtre (eux aussi classés à l’UNESCO), mais nous avons bien profité des jardins sous le soleil radieux de l’après-midi. Si les allées centrales sont définitivement d’influence française avec leurs haies taillées, leurs fontaines et leurs bancs parfaitement symétriques (le tout dans une perspective on ne peut plus classique), pas besoin d’aller loin pour profiter aussi des chemins un peu plus sauvages de la partie « anglaise » des jardins. Saules pleureurs, cours d’eau, autels perdus dans la verdure…

Encore une belle balade qui s’est terminée bien vite !

Deux petits points à savoir pour ne pas se laisser surprendre… D’une, évidemment, les photos sont interdites dans l’enceinte du palais. Les reproductions des livrets souvenirs ne rendent pas toujours justice aux décors du château (sauf si vous prenez un beau-livre à 60 euros), donc ouvrez grand les yeux. De deux, prévoyez un pique-nique. Nous avons fait l’erreur de ne pas en avoir. Si vous jouez les malins comme nous, vous vous retrouverez avec l’estomac dans les talons dans un café hyperchic, hypercher… ou dans une supérette, bien plus abordable, mais qui ne jouit pas du même décor.

Nous n’avons pas pu profiter de toute l’après-midi puisque nous partions très tôt le lendemain, et nous devions donc faire nos bagages, le ménage, préparer les piques-niques, ranger… Ce qui prend toujours plus de temps qu’on ne l’imagine. Et le lendemain, direction la gare centrale pour traverser le pays. On en a eu pour bien cinq heures le temps de rallier Malmö, où nous devions passer notre deuxième semaine. Le stress du départ en retard + 5h de train + le temps de récupérer les voitures de location + le temps de trouver le village paumé dans lequel se trouvait la maison = on n’a pas traîné à aller se coucher en arrivant…

Au fait. Si vous cherchez l’adresse d’un bon ostéopathe à Stockholm, on en a une (il est jeune, français, beau… Cher mais disponible en cas d’urgence…).

La vie suédoise partie 5 : la baie et l’éco-musée

icône voyages

[photos du skansen à venir]

Nous n’avons passé qu’une semaine dans la capitale, et les deux derniers jours qui me restent à vous raconter ont été les plus chargés.

Le lendemain de notre petite virée à Uppsala, nous avons scindé notre groupe en deux équipes, l’une souhaitant se conformer à la pratique populaire touristique de faire un tour de la baie en bateau, l’autre préférant (vu le mauvais temps annoncé) se rabattre sur le Nordiska Museet (musée de la culture nordique).

Si la pluie a douché (pardon pour le mauvais jeu de mots) notre envie de prendre des photos sur le bateau-mouche, nous avons toutefois pu profiter d’un commentaire certes superficiel, mais appréciable puisqu’il a complété notre géographie de la ville. Nos visites nous ont en effet amenés à ne fréquenter que certains coins de la ville. Et puis avoir des chiffres, des données politiques sur la façon dont les gens vivent à Stockholm, c’est toujours intéressant. Le voyage en bateau change du piétinage des galeries de musée, c’est un peu reposant et en arrivant tôt, nous avons pu avoir de bonnes places (près des fenêtres). Toutefois, si je devais un jour retourner à Stockholm, je me précipiterai sur le Nordiska.

De même, je n’ai pas pu faire le Fotografiska (Musée de la Photographie de la ville). A faire une fois suivante, visiblement. Notre groupe s’est à nouveau scindé en deux durant l’après-midi, les plus craintifs de la météo se sont dirigés vers le Fotografiska et le reste d’entre nous a bravé les prédictions météorologiques pour aller visiter le fameux éco-musée en plein air de Stockholm, le Skansen. Bien nous en a pris, car par miracle, il n’a pas plu de l’après-midi !

Le Skansen, c’est un projet de préservation de la culture populaire nordique à base de reconstitutions et de reconstructions, le tout en grandeur nature. En fait, ils ont reconstruit dans cet immense parc des bâtiments de différentes régions de la Suède au moment de leur démolition (ils ne les ont pas juste refaits, ils ont déménagé les bâtiments d’origine dans Stockholm). On y trouve donc dans chaque bâtiment au moins une personne en costume d’époque, toujours disponible pour vous expliquer qui elle incarne, quel est le bâtiment dans lequel vous vous trouvez, quelle importance il avait dans la vie des locaux, à quoi il servait, pourquoi cette architecture, etc. Ils savent plein de choses et sont généralement prêts à répondre à toutes vos questions, même si elles dépassent le cadre de leur intervention dans ce bâtiment particulier (petite pensée pour le jeune révérend avec qui nous avons discuté politique pendant bien 20 minutes). Le parc est un condensé de lieux et d’époques plus ou moins éloignées et veut donner à voir les cultures populaires de la Suède, la vie des petites gens qui habitaient les campagnes du pays et qui ont fait son histoire humaine, par la reconstitution.

Vous trouverez au Skansen également des animaux dans des enclos, du lynx à l’élan en passant par les loups (des VRAIS GROS loups !) et les ours, et d’après ce que j’ai compris, il doit également y avoir des tentatives de représentation de la flore de certaines régions (il y a quelques serres dans le musée).

Si dès 17h, certaines attractions et certains bâtiments ferment leurs portes, le Skansen demeure très animé en soirée car il accueille des groupes de musique pour animer des bals populaires, il organise des concerts de jazz, … C’est un lieu de vie très prisé (lorsque nous sommes sortis, un big band était en train de donner un concert sur la scène en plein air, et les sièges de l’esplanade n’étaient pas assez nombreux pour accueillir le public dans sa totalité, si bien qu’une bonne partie des visiteurs écoutait le concert debout), et en été, toujours animé.

Prévoyez au moins une après-midi pour le visiter. Nous y sommes restés de 14h à 19h et nous n’avons pu voir que les deux tiers de ce que l’immense éco-musée avait à nous montrer. Bien sûr, les animaux ralentissent la visite (« OH REGARDE ! DES BEBES LYNX !! »), mais c’est assez grand, il y a plein de choses différentes à voir et à faire, de nombreux chemins de balade…

Inutile de vous préciser que ce fut l’une de mes visites préférées. C’est un musée de la culture nordique à dimension humaine, pédagogique et dans un cadre magnifique. Et quand le soleil est au rendez-vous, c’est le paradis pour se balader…