Quelqu’un qu’on aime de Séverine Vidal

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Quelqu’un qu’on aime / Séverine Vidal. – Ed. Sarbacane (Collection Exprim’), 2015

Avec son roman Quelqu’un qu’on aime, paru en août 2015 chez Sarbacane dans l’excellente collection Exprim‘, Séverine Vidal signe un road-trip touchant et un peu fou. A savourer d’urgence !

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La chanson du nez cassé de Arne Svingen

La chanson du nez cassé / Arne Svingen. – Magnard jeunesse, 2014

Avec La chanson du nez cassé, paru chez Magnard en fin d’année 2014, l’auteur norvégien Arne Svingen nous livre le portrait lumineux d’un Billy Elliott du 21e siècle. Il est temps pour moi de vous parler de ce petit roman qui ne paie pas de mine mais qui fait drôlement du bien.

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Le livre de Perle de Timothée de Fombelle

Le livre de Perle / Timothée de Fombelle. – Gallimard, 2014

L’excellent Timothée de Fombelle a reçu la Pépite du roman pour adolescents européen au Salon du Livre et de la Presse jeunesse de Montreuil avec ce roman magique, et ce n’est pas un hasard…

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Cheval océan, le retour de Stéphane Servant

Cheval Océan / Stéphane Servant. – Actes Sud Junior (D’une seule voix), 2014

Il y a quelques temps, une de mes collègues a présenté en comité de lecture Cheval Océan, de Stéphane Servant. C’est un auteur que j’adore (pour ma chronique endiablée du Coeur des louves, c’était ici), et je ne pouvais pas ne pas lire ce titre-là, d’autant plus que la collègue en question était très enthousiaste.

Cheval Océan est paru chez Actes Sud, dans leur collection D’une seule voix. Injustement méconnue du grand public, cette collection publie des romans courts (moins de 100 pages), coups de poing, par des auteurs français plutôt connus (il y a quand même  parmi eux Valentine Goby, Jean-Philippe Blondel, Jeanne Benameur…). Récemment, la collection s’est offert un relooking, et c’est à cette occasion qu’est paru Cheval Océan (et je vous invite à aller voir les couvertures en question sur le site d’Actes Sud, elles ont un design très sympa). La raison pour laquelle on adore cette collection en bibliothèque ? Elle est faite de monologues, c’est donc la collection idéale pour lire à voix haute un texte de bout en bout. Elle a beaucoup été utilisée là où je travaille pour les cycles de présentation de livres dans les collèges.

Cheval océan, c’est donc le monologue d’une jeune fille qui retourne au Portugal, sur la plage où l’emmenait sa grand-mère de son vivant. Ce pèlerinage, elle avait prévu de le faire avec son petit ami, mais elle l’effectue seule, et alors qu’elle se tient face à ce cheval indomptable qu’est l’océan, elle raconte ce qui l’a amenée sur cette plage…

En quelques pages, Stéphane Servant, armé de sa plume singulière, nous fait le portrait percutant d’une jeune fille brisée, mais forte. Il exprime en toute simplicité sa douleur, son dilemme, son courage. Et c’est extraordinaire à quel point le sens de ce texte tient dans tout ce qu’il tait autant que dans tout ce qu’il dit…

A dévorer. Et au passage, remplissez-vous les poches des autres romans d’Une seule voix : Ma tempête de neige, Le ramadan de la parole, Je suis un arbre, Le voyage immobile… Ils sont tous géniaux à leur façon.

Le regard des princes à minuit

Le regard des princes à minuit / Erik L’Homme. – Gallimard, 2014 (coll. Scripto)

Dans cet ouvrage paru chez Scripto cette année, Erik L’Homme (grand nom de la littérature jeunesse qu’on ne présente plus) place sept jeunes hommes dans des situations inattendues, dans les traces de leurs mentors, qui vont changer à jamais le regard qu’ils portent sur le monde.

L’entreprise littéraire ne manque pas d’originalité. Dans ce paysage parfois ultra-codé et stéréotypé de la littérature pour adolescents, n’est pas innovant qui veut. Erik L’Homme nous livre un (ou des ?) récit(s) atypique(s), intime(s), philosophique(s). Une vraie bouffée d’air frais, un moment sans pareil qui nous incite à prendre le temps de respirer, d’observer le monde autour de nous et de ressentir différemment. C’est un appel poétique à vivre qui nous inspire et nous interroge.

Si la forme du dialogue didactique manque un peu de subtilité à mon goût, le fond n’en est pas moins riche. Erik L’Homme dévoile de ses pages beaucoup de lui-même, à la fois dans le choix de ses avatars et dans le choix de ses références (un texte de chevalerie du XIIe siècle de sa création, un poète canadien, Tolkien, les légendes bretonnes, Matrix, Star Wars,…).

A défaut d’être un coup de cœur absolu (ce dispositif de dialogues m’a gênée par moments), j’ai été très sensible à son questionnement. J’ai déjà en tête une liste de gens à qui l’offrir (en commençant par moi, le Salon du Livre et de la Presse Jeunesse n’étant plus si loin…) et une furieuse envie de l’utiliser comme support d’animation (même si je ne vais pas en avoir l’opportunité de suite, étant donné que je n’ai pas encore l’occasion de travailler avec les adolescents et les adultes). C’est définitivement un livre qui ne laissera personne indifférent, et qui porte un message de valeurs humaines qui vaut d’être débattu et / ou défendu.

Idée comme ça…

Plutôt que d’en faire une présentation standard, il me semble qu’un meilleur moyen de partager l’atmosphère singulière du texte serait d’en faire une lecture, à deux voix, avec un membre de l’assistance. J’ai dit plus haut que le format didactique des dialogues me paraissait un peu linéaire, mais il présente aussi un intérêt pour leur incarnation, puisqu’on peut facilement mettre le texte dans les mains d’une personne qui ne l’aurait pas lu en lui indiquant de lire les répliques des adolescents, qui posent donc les questions.

Autre idée : présenter simplement, pour l’une des épreuves, le contexte et inciter le « public » à poser les questions qu’il souhaite sur cette situation… Le must étant de retrouver dans les interrogations des personnes à qui on le présente un écho aux questions des personnages, afin de pouvoir y répondre en utilisant le texte lui-même.

Bref, je garde l’idée dans un coin de ma tête jusqu’à trouver le meilleur moyen de présenter le livre en restituant son questionnement poétique…

Et sur ce, je m’en vais fouiller dans le programme des dédicaces du Salon de Montreuil, histoire de voir si j’aurai une chance de faire dédicacer mon (ou mes ?) exemplaire(s)…

Le coeur des louves / Stéphane Servant

Salut à tous !

Aujourd’hui, petit écart dans mon programme habituel. Je vais consacrer un article à part entière à un livre que j’ai dévoré récemment. Alors, pourquoi ce livre-là a-t-il droit à sa propre chronique quand je me contente la plupart du temps de survoler mes paniers d’emprunts ?

En fait, je n’étais pas sûre que je devais en parler. Vu la façon dont mes collègues l’ont apprécié, je me suis dit qu’il y avait sans doute une sorte d’unanimité d’opinion sur ce titre, et que par conséquent, d’autres que moi, bien plus spécialistes, pourraient en parler bien mieux.

Sauf qu’aujourd’hui, j’ai rencontré lors d’une animation une femme passionnante et passionnée qui m’a appris que le livre en question n’avait pas été un succès, contrairement à ce que je m’imaginais, qu’il avait eu beaucoup de mal à trouver son public (la faute à une stratégie éditoriale risquée qui l’a placé entre deux âges ?) et que c’était un livre à défendre si on l’avait aimé.

Alors, voilà. Comme j’ai dévoré, aimé, même adoré ce roman, c’est le moment ou jamais de tenter de vous expliquer pourquoi. Donc aujourd’hui, je vais vous parler du Cœur des louves, de Stéphane Servant, publié aux éditions du Rouergue dans la collection Doado en septembre dernier.

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 Parlons peu, parlons bien, parlons photo

 Je vous présente Le cœur des louves. Avant même de vous raconter de quoi ça parle, je me permets de m’arrêter sur cette couverture. Ceux parmi vous qui me connaissent un peu savent ma fascination pour certains personnages… Dont le petit Chaperon Rouge. Impossible, et j’insiste : IMPOSSIBLE que cette couverture ne me mette pas l’eau à la bouche. J’aime ce qui se dégage de cette photographie, le décalage de la belle robe rouge dans un paysage de forêt. J’aime ce qu’elle soulève de mystère, de magie et de silence, à l’image de ce que le roman nous livre. J’aime l’oxymore de ce titre qui évoque déjà la paradoxale proximité de l’humanité et de la sauvagerie. Bref, vous l’aurez compris, je suis méga-fan de la couverture.

 Et maintenant l’histoire parce que je sens que vous mourez d’envie de savoir de quoi ça parle

 Le cœur des louves, c’est l’histoire de trois femmes, Célia (16 ans), Catherine (sa mère, écrivain en panne d’inspiration) et Marie (sa grand-mère, décédée quelques temps avant le début de l’histoire). Croulant sous les dettes, Célia et Catherine décident d’emménager dans la maison de Marie, où Catherine a passé son enfance, dans un village perdu entre deux montagnes dans lequel on désignait Marie comme la sorcière du coin. Eprouvée par une situation familiale désastreuse, un été difficile et le linceul des souvenirs qui pèsent sur la vieille maison, mise à l’épreuve par le regard des gens du coin pour qui elle sera toujours « l’étrangère » et la petite fille de la « sorcière », Célia va renouer avec une amie d’enfance marginale, Alice, malmenée par son père au su du village entier. Au moment de sa vie où elle tente de comprendre qui était sa grand-mère, Alice va montrer à Célia un lieu secret dans la montagne où, la nuit, les deux filles pourront réapprendre l’essence de la vie en se faisant louves à l’abri des bois…

Et à mesure qu’on progresse dans le roman, le questionnement de Célia laisse peu à peu la place au discours d’une femme qui raconte les drames dont elle a été témoin au cours de sa vie dans ce village. Discours qui révèle peu à peu la vérité sur le passé de l’endroit et le lien entre trois générations de secrets apparemment distincts, mais inextricablement liés.

 Pourquoi ce livre est un énorme coup de coeur…

 Il y a tellement de choses dans ce livre que si je voulais vous dire tout ce qu’il y a à en tirer, je ne saurais pas par où commencer. C’est à la fois une chape de plomb et un désir brûlant de liberté. Ca vous pèse sur la conscience et ça vous prend aux tripes. Ca vous secoue, ça vous chamboule tout à l’intérieur. L’histoire en elle-même traite de secrets de village, mais la lecture que vous en ferez vous mènera beaucoup plus loin. On y parle de famille, des traces que laissent le passé et de ce qu’une femme transmet à ses filles malgré ses silences. D’une ambivalence permanente entre l’amour et la haine, le désir de liberté et le sceau du secret, le rejet et le pardon. De la fragile frontière entre la différence et la folie. En filigrane, l’auteur dresse le portrait d’une femme qui s’est construite et cultivée par elle-même pour atteindre son indépendance et se libérer des carcans de son époque.

L’histoire est celle d’une métamorphose, celle qui fait des jeunes filles des femmes. Elle capture le lent et douloureux processus pour lever de voile sur la vérité et se libérer du silence. Elle parle de marginalisation et d’indépendance, de rébellion aussi. Elle livre un combat furieux pour la liberté de ses personnages, et même pour la liberté des femmes, en dressant le portrait d’un monde en huis clos.

Elle happe le lecteur dans sa transformation. Elle rappelle en point final que finalement, les regards des uns et des autres nous font et nous défont, mais que ce qui compte c’est de vivre libre de se forger sa propre opinion sur le monde et d’en apprendre ce qu’on veut.

Ainsi, pourquoi lire ce roman ? Pour la singularité de son atmosphère, pour son message oui, mais aussi pour la qualité de son écriture. Sensible, poétique, toujours juste, on a l’impression que Stéphane Servant sait ciseler ses phrases dans un univers qu’il dépeint avec beaucoup d’efficacité et sans grandiloquence. C’est un plaisir de lire ces pages, et ça fait un bien fou de se laisser envahir par son écriture.

 Echec, ou pas (pas du tout, même)

 Cette « maladresse commerciale » dont on m’a parlé, ce serait la faute à Doado, alors ? Oui et non. Personnellement, je suis comme la plupart des bibliothécaires qui se nourrissent de littérature « pour ados », j’adore cette collection. Mieux : je lui fais confiance. En tant que professionnelle, je sais qu’elle propose des textes atypiques, ambitieux mais d’une grande qualité et d’une grande sensibilité. Ce sont toujours des textes qui savent appuyer là où ça fait mal, qui savent vous mettre la tête à l’envers et faire fleurir dans votre esprit des milliers, des millions de questions. Ce sont bien souvent de grands auteurs qui les signent, parfois méconnus en-dehors de notre petit milieu de spécialistes du livre. Et puis, c’est bête et méchant, mais la ligne graphique de Doado correspond parfaitement au roman (la couverture quoi ! Cette couverture !!!).

Et pourtant. Pourtant, c’est vrai que ce livre n’a pas sa place dans un rayon jeunesse. On sent bien en bibliothèque que ça sera mieux reçu par un public plus adulte. Ca ne me viendrait pas à l’idée de le conseiller à des lecteurs pas assez mûrs pour en saisir la complexité et toute la qualité. C’est toujours un peu le problème avec certains titres de chez Doado. Leur maturité et leur originalité pêche par une inadéquation avec la généralité des publics qu’on rencontre en bibliothèque. Comme disait Anne-Laure Cognet, ce sont des livres qu’il faut défendre.

C’est une belle prouesse littéraire, et c’est bien ce génie singulier qui se dégage de son histoire qui le rend si peu visible. C’est bien ce génie singulier qui en fait un de ces livres qu’on aime profondément parce qu’ils nous habitent et éveillent en nous de nouvelles perceptions du monde. Voilà, monsieur Servant. Vous avez accompli là ce que peu d’écrivains parviennent à faire et je trouve que c’est une sacrément belle réussite.

Et sur ces belles paroles, je m’en vais trouver les autres titres de l’auteur…